HISTORIQUE DE LA PENSEE LOGISTIQUE

SOMMAIRE

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I - Place de la logistique dans la pensée militaire

Au cours des 3500 dernières années de notre histoire, nous avons connu pas loin de 8000 guerres. Ceci nous donne donc une base d’observation et de réflexion pour comprendre l’évolution de la logistique militaire. Selon les points de vue, les règles énoncées, les connaissances logistiques ont évolué traduisant en cela l’intensité de la réflexion. Mais aussi selon les contextes géographiques, les objectifs stratégiques et les technologies mises en œuvre, les approches de la logistique ont également évolué. En fait la logistique a toujours été un élément déterminant dans l’acte de guerre. Elle facilite le mouvement, assure le ravitaillement, et le rapatriement des blessés.


1.1 Les origines


Logistique a comme racine grecque « logisteuo » signifiant avant tout administrer.
L’institution militaire a utilisé ce terme pour définir l’activité qui réussit à combiner deux facteurs nécessaires dans la gestion des flux : l’espace et le temps. La logistique a donc été un sujet de réflexion intensif pour les grands chefs militaires.

Au IV° siècle avant JC., Sun Tzu met en avant la nécessité de disposer de chariots d’approvisionnement de denrées alors qu’Alexandre Le Grand (356 – 323 avant JC.) avant de se lancer dans son périple en Asie, brûla tous ses chariots de denrées afin de rendre moins pesante la mobilité de ses troupes.
De part cette réflexion, Alexandre Le Grand avait pensé faire précéder le mouvement de ces armées par l’organisation du ravitaillement.
Ainsi Jules César en créant la fonction « logista » chargeait un officier de s’occuper des mouvements des légions romaines pour organiser les campements de nuit et constituer les dépôts d’approvisionnements dans les villes soumises.

A partir du XVIII° siècle, trois étapes principales sont considérées dans le mode de traitement de la logistique dans les armées modernes.
Le premier mode est associé aux armées principalement statiques avec un approvisionnement issu des magasins.
Le second mode correspond à la démarche napoléonienne cherchant essentiellement sur les pays envahis ou les pays de passage, les denrées nécessaires à l’approvisionnement des armées.
Enfin le troisième mode correspondant à celui apparu vers les années 1870 et s’appuyant sur une industrialisation des approvisionnements à partir des bases arrières de plus en plus lointaines.
De nombreux facteurs viennent expliquer cette évolution : des facteurs technologiques comme l’apparition du chemin de fer. A partir de 1917, l’automobile et le poids lourd font apparaître une alternative beaucoup plus souple au chemin de fer et la traction motorisée se substitue rapidement à la traction hippomobile. Mais dés lors, le carburant devient la ressource sensible. Pour approvisionner les armées, la création d’un service, le service des Essences, fût nécessaire pour prendre en charge la logistique des carburants.

Au cours des siècles, si la perception de maîtriser correctement les flux a toujours été claire, la façon de l’aborder a été très variée. Dans chaque étape de son évolution, nous devons voir des réponses aux contraintes imposées par la complexité de la gestion des flux et par les moyens de déplacement des armées.
Ainsi Vauban a utilisé le rôle vital de la logistique en affirmant que « l’art de la guerre c’est l’art de subsister ».
C’est donc naturellement que la logistique a pris une place croissante dans la pensée militaire au cours de l’histoire. L’institution militaire a aussi constituée un premier corps de connaissance dans ce domaine de la gestion de flux. La pensée de la logistique civile s’est donc construite en parallèle à la pensée de la logistique militaire du fait de finalités différentes. Cependant les problèmes de base restent les mêmes. L’institution militaire a insufflé de façon périodique des avancées significatives en logistique qu’elle soit militaire ou civile.
Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, les travaux structurant la recherche opérationnelle se sont développées permettant ainsi aux entreprises dés la période de l’après guerre, d’adopter un premier traitement de la logistique par la voie quantitative.


II - Apparition de la pensée logistique en entreprise

2.1. Au niveau de la littérature

C’est au début du XX° siècle que les premières références sur la logistique ont été identifié mais c’est que vers le milieu des années 1970 aux Etats-Unis et début des années 1980 en Europe que la prise en compte de la logistique est intervenue.

Les premières réflexions ont été menées en 1901 par CROWELL J. sur les opérations de distribution physique des produits agricoles.
Les premiers écrits sont consacrés à la prise en compte des aspects logistiques dans les opérations de marketing (CLARK F., Principles of marketing, 1922). Un certain nombre d’écrits ont été alors produits sur le rôle de la logistique dans le sous-système de la distribution physique avec l’application de méthodes mathématiques.
A partir de 1973, HESKETT isole la logistique comme un domaine à part entière de la gestion pour les enjeux stratégiques et ses problèmes organisationnels. En 1978, il définit dans « la logistique élément clé de la stratégie » la logistique comme un processus qui englobe l’ensemble des activités qui participent à la maîtrise des flux physiques de produits, à la coordination des ressources et des débouchés en cherchant à obtenir un niveau de service donné au moindre coût. Ceci va donner une impulsion et une dynamique de réflexion se créait aux Etats-Unis.
PORTER en 1980, identifie la logistique comme un avantage concurrentiel possible pour les entreprises. A partir de là, la pensée logistique française va suivre celle de la logistique américaine.

Mais en 1972 par un ouvrage qui s’intitule « la logistique : approvisionnement, production distribution » KOLB F. propose une approche consacrée essentiellement aux différentes techniques de gestion de stocks, de prévisions, de conception de réseaux de distribution physique. C’est une démarche conforme au cheminement suivi aux Etats-Unis mais marque la cristallisation de la pensée logistique française.
En 1976, LAMBILLOTTE dans « la fonction logistique dans l’entreprise » présente celle-ci dans sa dimension fonctionnelle et organisationnelle telle qu’elle commence à apparaître dans certaines entreprises.
C’est en 1983 qu’une vision nouvelle apparaît en France grâce à « la logistique d’entreprise » de MATHE H., TIXIER D. et COLIN J.. Elle se détache complètement des approches instrumentales pour rallier la vision de HESKETT. Elle consiste en une approche stratégique et organisationnelle ne donnant plus aucune références aux outils quantitatifs d’optimisation des problèmes opérationnels. Cette nouvelle vision a pu être mis en place par l’association de trois idées différentes aboutissant ainsi à une synthèse commune sur leurs approches respectives de la logistique. TIXIER a amené une approche marketing imprégné par la pensée de HESKETT et SHAPIRO, MATHE avec son expérience de consultant et COLIN avec une approche transport et distribution physique.
A partir de ces années, les écrits se sont multipliés en France au rythme du développement des formations dédiées à la logistique.

2.2. Au niveau associatifs et des revues professionnelles

C’est grâce à l’implication du monde professionnel que le développement du domaine logistique en France ou aux Etats-Unis a pu évoluer par la reconnaissance de la spécificité du sujet et de la responsabilité des professionnels.
Les associations et les revues professionnelles logistiques ont également beaucoup apporté à la formalisation des connaissances.

The National Council of Physical Distribution Management (NCPDM) a été crée en 1963 aux Etats-Unis. Il est devenu par la suite, en 1985, le CLM (Council of Logistics Management). Il s’agit d’une association professionnelle regroupant l’ensemble des professionnels de la logistique avec pour objectif de développer la connaissance dans ce domaine.
En Europe, l’Aslog a connu également un changement de nom depuis sa création en 1972. De « Association des logisticiens d’entreprise », elle est devenue en 1991, « l’Association pour la logistique dans l’entreprise ». L’Aslog définit la logistique comme étant « une fonction qui a pour objet la mise à disposition au moindre coût de la quantité d’un produit, à l’endroit et au moment où la demande existe ».
L’Aslog est rattachée à l’ELA (European Logistics Association) qui a été créée en 1984. Cette dernière représente une fédération des associations logistiques propres à vingt pays européens. Elle a définit pour sa part la logistique comme :
« l’organisation, le planning, le contrôle et l’exécution des flux de biens depuis le développement et les approvisionnements jusqu’à la production et la distribution vers le client final pour satisfaire aux exigences du marché avec le coût minimal et l’utilisation d’un capital minimum ».

Nous devons noter que l’Aslog a contribué à la rédaction de nombreuse publications et à l’engagement tout particulier de trois de ces présidents Carrére, Le Denn, Emery, pour qui il était important de diffuser leur perception de l’état de la logistique et de ses évolutions.

Mis à part le rôle important des associations dans l’évolution de la logistique, nous devons signaler que les revues professionnelles ont elles aussi, joué un rôle significatif. Après être parue durant 33 ans sous le titre de Manutention/Stockage, cette revue est devenue en 1985 Logistiques Magazine. En 1997, une nouvelle revue sort des presses sous le titre de Stratégies Logistiques. Ces magazines, comparés à leur confrères américains et étrangers, traitent de la logistique dans sa globalité et non de manière fragmentée tel que Logistik Heute( équipements de manutention) et Transport and Logistics ( transport et entreposage).
Ainsi Logistiques Magazine a été un précurseur du concept de la « logistique globale » même si la présence du « s » à la fin de logistique laisse sous entendre qu’il pourrait exister plusieurs sortes de logistiques (amont, aval, de production, de distribution), et renvoie encore à la notion de logistiques opérationnelles.

En 1997, Stratégie logistique franchit une nouvelle étape en annonçant que la logistique est devenue stratégique. Elle concerne ainsi l’ensemble des acteurs qui agissent à l’optimisation du processus, incluant les directions informatiques et les managers.
Ainsi avec cette nouvelle approche , on se rapproche du concept anglo-saxon de la « Supply Chain management ».

Ces deux magazines ont permis de promouvoir la logistique à travers des expériences et des témoignages d’entreprises. Ils ont permis également de participer au mouvement de modernisation de tous les secteurs industriels et de la distribution. Ils permettent d’être des « propagateurs efficaces et indispensables » de ces nouvelles théories.

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