Vers un monde sans pauvreté, l'autobiographie du banquier des pauvres

Muhammad Yunus, avec Alan Jolis, éd. Jean-Claude Lattés, Paris 1998, 345pp., FF 129

 

Inventeur du micro-crédit, en 1974, Muhammad Yunus est aujourd'hui un exemple à suivre.

Il ne prête qu'aux pauvres.

 

C'est l'anti-Banque mondiale. Et pourtant, ses ambitions sont les mêmes. Sauf que lui, au lieu de traiter avec les chefs d'État, s'adresse aux plus démunis. Mais si Muhammad Yunus, fondateur de la banque des pauvres, s'est taillé une réputation d'iconoclaste dans le monde de la finance, Il a néanmoins fait des émules. De la Norvège à l'Afrique du Sud et des Etats-Unis à la chine populaire, le système de crédit pratiqué par la Grameen Bank a aujourd'hui essaimé dans pas moins de cinquante-huit pays et touche près de 20 millions de personnes.

En 1974, le Bangladesh est frappé d'une terrible famine. Enseignant à l'université de Chittagong, Yunus explique avec insouciance à ses élèves les arcanes de la finance. "A chaque fois que je faisais cours, je savais d'entrée de jeu que chaque problème économique trouverait une solution élégante", se souvient-il. Jusqu'au jour où le petit homme s'égare dans le village de Jobra, à un jet de pierre du campus où il vit. Les habitants se trouvent dans l'impossibilité de payer leurs dettes à l'usurier local. Et ne peuvent donc se procurer le bambou nécessaire à la confection des paniers qu'ils vendent pour se nourrir. En prêtant 27 dollars, Muhammad Yunus va permettre à quarante-deux familles de reprendre leur travail. C'est le déclic.

Le professeur entreprend alors de démarcher les banques locales et de solliciter des prêts en faveur des villageois afin qu'ils puissent monter une petite entreprise. Les portes se ferment. Pour parvenir à ses fins, il ne trouve d'autre solution que de devenir lui même banquier. Deux ans plus tard, il fonde la Grameen Bank qui va prêter de l'argent aux pauvres sans exiger de garanties. En fait, Yunus va rapidement apporter la preuve que les déshérités sont des opérateurs économiques comme les autres. Non seulement ils empruntent, mais ils s'acquittent de leurs dettes avec une conscience qui fait parfois défaut aux mieux lotis. D'autant que le niveau des intérêts pratiqués par Grameen est parfois supérieur à 20 %. Ce qui n'empêche pas le taux de recouvrement de dépasser 97 %.

Autre originalité, les neuf dixièmes des clients de la banque des pauvres sont des clientes Une véritable révolution dans un pays ou l'islam domine Fondamentalistes et autres conservateurs accusent le père de Grameen de " débaucher les femmes ". Ce qui ne 1'empêche pas de persévérer. Aujourd'hui 10 % des Bangladeshis, soit 10 millions de personnes bénéficient de ce système financier parallèle.

A 59 ans le banquier des pauvres est maintenant connu dans le monde entier. En Afrique de l'Ouest, l'Agence française de développement (AFD) s'est inspirée du modèle Grameen pour le mettre en œuvre au Burkina, au Togo, en Guinée et au Mali. A Bamako, par exemple, un projet d'appui aux groupements de femmes affichait l'an dernier un encours de crédits de 50 millions de F CFA et un volume d'épargne de 25 millions de F CFA.

La pauvreté ignorant les frontières le crédit solidaire a aussi ses adeptes dans les pays les plus riches. Ainsi en 1986, Yunus fait la connaissance d' un certain Bill Clinton alors gouverneur de l'Arkansas. Quelques mois plus tard, Grameen compte des disciples jusque dans les ghettos de Chicago.

Précurseur d'une nouvelle formule de coopération financière, Muhammad Yunus a connu la consécration en février 1997 à Washington, lors du sommet mondial du microcrédit. Ce défenseur de l'économie populaire n'a pas manqué l'occasion de lancer des piques aux institutions de Bretton Woods. Pour lui, le développement reste pour la Banque mondiale une question d'infrastructures et de croissance économique comme solution à tout. Cette institution "alloue chaque année 60 milliards de dollars d'aide au développement", mais travaille essentiellement avec "des gens qui font des affaires". Pour Yunus, l'idéal serait que les pauvres eux-mêmes fassent des affaires !

JEAN-DOMINIQUE GESLIN


Regards du Sud. Des sociétés qui bougent, une coopération à refonder

IRAM, Institut de recherches et d'applications des méthodes de développement, L'Harmattan, Alternatives rurales, Paris, 1998, 286 p., FF 140

(see also/lire aussi : 1, 2)

Parce que la coopération suppose un partenariat, l'idée d'un regard du Sud sur ses priorités et ses modes d'actions constitue un préalable. C'est ce qu'a essayé de faire l'IRAM pour ses "40 ans", à partir de 40 entretiens de cadres et de responsables paysans de dix pays d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes. Les personnes interrogées parlent de la diversité des évolutions de leur pays. Dans ce contexte, la coopération semble étonnamment figée. Elle est toujours souhaitée, mais reste souvent arrogante, infantilisante et dévoyée. D'où la nécessité de la repenser sur de nouvelles bases.

Demain le Monde, n° 33-34, avril-mai 1999


Le Ghana. Les dessous du miracle économique

Bruno Carton, Isabelle Guillet. Gresea, Buxelles, 1999, 161 p., Fb 300

 

Cet ouvrage prend le Ghana comme exemple de l'impasse des politiques d'ajustement structurel et pose la question de qui gouverne dans un pays ajusté : le FMI ou un Etat affaibli, condamné à être le laboratoire de la Banque mondiale pour la privatisation des politiques économiques et sociales ? De la capacité des forces sociales à trouver des terrains de concertation larges et a reconquérir l'Etat dépend la possibilité d'une autre voie du développement ou les Africains seraient arbitres de leurs choix collectifs.

Demain le Monde, n° 33-34, avril-mai 1999


Coopération pour le développement. Rapport 1998

CAD, OCDE, Paris, 1999, 163 p. + annexes, FF 220.

 

Ce rapport passe en revue les efforts, tant qualitatifs que quantitatifs, déployés par les membres du Comité d'aide au développement pour progresser dans la mise en œuvre de la stratégie du partenariat. Il fait état des évolutions en cours de l'action gouvernementale et des nouvelles initiatives attendues, mais aussi de la poursuite inquiétante de la baisse des apports d'aide des principaux donateurs en 1997, et, pour la première fois depuis le début de la décennie, de la contraction généralisée des apports financiers du secteur privé à toutes les catégories de pays en développement.

Demain le Monde, n° 33-34, avril-mai 1999


Chiquita. Révélations sur les pratiques d'une multinationale

Les magasins du monde-Oxfam, Bruxelles, octobre 1998, 103 p., Fb 100

(see also / voir aussi)

 

En mai 1998, un journal américain publie un dossier spectaculaire sur le pratiques de Chiquita, la plus grande multinationale de bananes du monde. Deux mois plus tard, le journaliste se rétracte et va jusqu'à déclarer que le conclusions de son enquête sont fausses parce que fondées en partie sur des informations volées. Les Magasins du monde-Oxfam ont traduit ce dossier controversé qui donne la parole aux ouvriers, aux syndicalistes et aux riverains des bananeraies. Leurs témoignage dénoncent les conditions de travail inhumaines dans les bananeraies, la destruction de l'environnement, le mépris des droits syndicaux, la terreur et les assassinats, la fraude fiscale et les manipulations politiques. Mais ce livre ne se contente pas de dénoncer; il se veut un outil d'action pour soutenir les partenaires d'Oxfam pour faire respecter les droits des travailleurs.

Demain le Monde, n° 33-34, avril-mai 1999


Les Sahraouis

Ismail Sayeh. L'Harmattan, Paris, 1998, 240 p., FF 120.

 

La question du Sahara occidental est appelée à occuper le devant de l'actualité, du fait de l'approche de la date d'organisation du référendum, prévu en 1999. De nombreuses questions vont être posées sur les Sahraouis, sur les origines, sur leur identité, sur leur combat, sur les

rapports avec leurs voisins. L'auteur, un Sahraoui qui suit de très près l'évolution de la question du Sahara occidental, tente de répondre à ces questions, avec le seul objectif de pouvoir éclairer l'opinion publique sur les enjeux réels du conflit qui oppose depuis 1975 le Front Polisario au Maroc

Demain le Monde, n° 33-34, avril-mai 1999


.L'opinion publique et la Coopération au développement

Sous la direction de Ian Smillie et Henny Helmich. OCDE, Paris, 1998, 190 p., FF 160.

 

Parler d'une quelconque "lassitude à l'égard de l'aide" serait une erreur. C'est ce que montre

cette série d'études qui met également en évidence une profonde méconnaissance des questions de Coopération pour le développement. Elle souligne également combien le rôle des ONG est important pour assurer la familiarisation du grand public avec ces questions. Elle conclut sur la nécessité d'une collaboration entre les ONG et les pouvoirs publics pour informer mieux et davantage la population et les sphères politiques des efforts engagés en faveur du développement.

Demain le Monde, n° 33-34, avril-mai 1999


Images de l'autre. La différence: du mythe au préjugé

Katérina Stenou, Éditions Seuil/Unesco, Paris, 1998, 159 p., FF 235.

 

Ce livre magnifiquement illustré et documenté nous emmène à travers les représentations que l'Europe s'est faites, tout au long de l'histoire, des autres peuples et des autres cultures. C'est un voyage à travers nos préjugés, souvent enracinés dans des traditions nées non de l'émerveillement d'une rencontre mais d'une peur ou d'un étonnement face à la différence. Ces préjugés sont toujours prêts à renaître pour nourrir d'une mythologie perverse les théories racistes. La purification ethnique est vieille comme le monde. Pour extirper le fanatisme, pour venir à bout d'attitude réflexe que les systèmes éducatifs ne parviennent pas à corriger, il faut démonter ces mécanismes qui nous font dire que "ces gens-là ne sont pas comme nous". Il faut inlassablement révéler la fausseté de ces discriminations et la sottise des croyances sur lesquelles se fondent le rejet et la haine. Par delà la thérapie sociale induite par des constats négatifs, ce livre propose une propédeutique des relations interculturelles fondée sur un diagnostic positif.

Demain le Monde, n° 33-34, avril-mai 1999